N’est-ce pas un défi d'intéresser
les enfants d'aujourd'hui à “Heidi”?
J'ai confiance. C'est le
caractère de Heidi qui peut les faire s'identifier à elle, qui doit se
débrouiller, faire sa place, se battre. Et puis “Heidi” parle d'amitié, de
conflits d'autorité entre les générations, d'un grand-père à amadouer, de la
nature: des choses qui parlent à tous les enfants. De plus son côté garçon
manqué, frondeur, la rend sympathique aux garçons aussi.
Qui est Heidi selon Emanuelle
delle Piane? Une adorable petite peste, une Zazie avant l'heure. Une
gamine libre, au franc-parler révélateur, qui s'est forgée toute seule et
qui, en rencontrant son grand-père, rencontre la nature.
Etiez-vous déjà amoureuse de
Heidi avant de l'adapter au théâtre?
Pas du tout. Je n'en avais retenu
que le côté patriotique, tresses blondes et petites chèvres, ce qui
m'éloignait plutôt du personnage. C'est en lisant enfin le texte original de
Johanna Spyri que j'ai été véritablement touchée.
Qu'est-ce qui vous a émue dans le
roman de Spyri?
Je m'y suis retrouvée, en fait:
l'enfance de Heidi ressemble à la mienne. J'ai grandi auprès de ma
grand-mère à la Chaux-de-Fonds pour en être arrachée et conduite en ville, à
Lausanne. Pour mon bien, forcément. Tout comme Heidi avec son grand-père, on
me plaignait, alors qu'une relation très complice nous unissait, ma
grand-mère et moi, que les gens ne percevaient pas. J'ai souffert des mêmes
chocs affectifs que Heidi, la transplantation, le choc culturel, les règles
à suivre, la solitude.