|
Vous souvenez-vous du juvénile “Cerise”, de l’insolite “Petit blanc”, de la
fantasmagoriquement alcoolisée Fée verte”? Ce dernier film a été fort bien
accueilli dans un festival italien. Et puis, les experts de la section du
cinéma Département fédéral de l’intérieur ont lu un synopsis de long-métrage
et pris la décision d'en faciliter l'écriture par un apport financier non
négligeable. Le fil en cours d'écriture se concrétisera peut-être dans une
des prochaines années grâce un producteur genevois: pour
Emanuelle delle Piane et Alain Margot, les
choses se présentent assez bien. Ce duo fougueux vient de tourner en 16 mm
une trilogie noir/blanc, des exercices de style qui sont présentés
aujourd'hui encore à l’ABC à 18h30, et devraient intéresser la TV romande,
pourquoi pas l'équipe : “Mon oeil” aussi. Ces trois films augurent bien de
la suite l'une carrière et marquent de réels progrès sur les précédents. |
CARNAVAL
Une jeune fille se réjouit de participer au carnaval. Elle se grime,
fantasme en rêvant qu'elle participe à la fête, mais se fait houspiller par
son père qui a mal aux cheveux et l’expédie se coucher avant de sortir avec
des amis.
Elle efface son grimage, dégrisée du plaisir qu’elle se faisait d’une
fête un peu “terrorisante”.
MÉNOPAUSE
Une femme proche de la maturité sort d'une belle voiture pour entrer dans
une tout aussi belle maison.
Mais voici qu'un mannequin tourne la tête, qu'une marionnette se lance
dans des mouvements désordonnés, qu'une porte se ferme brusquement toute
seule, que les stores se baissent dans un bruit infernal, qu'une lampe tombe
et se casse, que le téléphone se révolte, tandis qu'au dehors une arroseuse
bruyante lance d'agressifs jets d'eau.
La femme prend peur, coincée par des zooms, hurle, tombe au sol, assiégée
par les objets en folie animés image par image, cachée sous un masque noir
(celui de la mort?). Une maison et ses objets font prisonnière leur
occupante.
|
La musique tonitrue pour amplifier l’angoisse. Et déjà le titre s'était
cassé en deux, comme dans “Psycho” d'Hitchcock auquel est rendu ainsi un
assez vif hommage. C’est fait avec brio, sourire de la cinématographique en
coin.

DOSSIER 137
Jambes gainées de noir, collant vraiment collant laissant paraître un
blanc dos nu, perchée sur de très hauts talons, une jeune femme pénètre dans
l’inquiétant et insolite décor de la cimenterie de Cressier.
Elle se rend au rendez-vous donné par un photographe/policier qui ne se
laisse pas prendre à son vénal charme.
|
Inquiète la jeune femme s'enfuit, mais se voit menacée par un tracteur
et sa benne, pneus immenses gainés de chaînes à neige, qui finira peut-être
par l'écraser. Dossier 137, classé !
PREMIER BILAN
Dressons un premier bilan: Delle Piane et Margot continuent de faire
joujou avec le cinéma, imaginations débridées, surtout au plan visuel et à
celui du montage. Ils osent tout faire, par plaisir, cadrer en oblique,
monter court, surimpressionner des images, le réalisme glissant très souvent
vers des fantasmes inquiétants.
La musique participe à la fête, celle de John Lurie convenant fort bien
au ton de “dossier 137”. Un net progrès est à relever quant à la qualité des
bruits, de la sonorisation en général ceux du dernier film sont bien au
point. Reste que dans “Carnaval”, on parle de temps en temps et que, pour
moitié, les mots sont malheureusement inaudibles.
Voici une brillante et amusante trilogie, secouée par un vent de folie et
l’intense plaisir de faire un cinéma qui donne à voir mieux qu’à entendre,
imagination en liberté... |