Emanuelle delle Piane

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Dialogues de couples et autres monstruosités

16 décembre 2010

Aiguisée, ironique, poétique, la plume d'Emanuelle delle Piane sonde les grands et les petits drames de l'existence. Des Pièces" publiées chez Campiche.

DOMINIQUE BOSSHARD

Le coeur s'embrase, puis un jour vient ennui. Ruptures, tromperies. Entre "Elle" et "Lui", les sentiments se font et se défont. Se défont et se refont. "Les chagrins d'amour, on croit qu'on va en mourir, et puis non, on s'en remet !", assure Emanuelle delle Piane, auteure d'"Amours chagrines ou L'école de la vélocité". Variations sur un même thème, ces quarante petits drames - elle les nomme dramuscules - nourrissent en bonne part le recueil de ses "Pièces" fraîchement publié dans la collection Théâtre en camPoche.



© Nathalie Sabato

L'inceste pèse de tout son poids sur les personnages sans qu'il soit besoin de le nommer, de se vautrer dans le détail sordide. "Je suis révoltée par la façon dont on relate l'horreur dans les médias." Au réalisme cru, l'auteure préfère la transposition poétique. Un fait divers servi d'amorce à l'écriture, mais celle-ci s'affranchit de toute localisation, de toute époque précises: recroquevillé dans la vie des reclus, l'indicible se mêle aux couleurs d'une éducation maternelle. "La monstre" et "A-Dieu-vat" complètent ce recueil de cinq pièces. Pour la plupart, le lecteur possède une petite longueur d'avance sur le spectateur: "Amours chagrines", par exemple, sera créé sur scène l'an prochain comme, probable ment, "Les enfants de la pleine lune", à Paris.

Drôles, décapants, cruels, ces échanges ping-pong entre couples trouvent leur inspiration dans les études pour piano de Carl Czerny Une suite d'études rapides qui fait écho à la fluidité de nos sentiments versatiles; un exercice ô combien formateur aussi, mais en amour comme en musique rares sont les virtuoses ... Emanuelle delle Piane le confie, elle aime écrire en écoutant de la musique classique.
Elle a trempé, par ailleurs, sa plume dans l'encre sombre de "Adagio" - "Celui d'Albinoni est le hit des enterrements", s'amuse-t-elle - pour convoquer la mort dans son théâtre.

Pour ces variations-là, elle use d'un néologisme, "dramolette", soit un drame mis à distance, qui en dit long sur ses intentions. "La mort nous préoccupe tous, alors j'ai tenté de la démystifier, j'ai eu envie d'en sourire", commente-t-elle au bout du fil. Toujours, elle a su teinter sa vision du monde de dérision, d'humour noir, comme pour se prémunir des abîmes du pessimisme.

Avec "Les enfants de la pleine lune", l'écriture se confronte à la monstruosité "ordinaire". "L'ombre de l'inceste rôde avec insistance", mentionne la fiche de lecture de la Comédie-Française qui, l'an dernier, a mis en espace cette pièce lauréate du Prix des spectateurs engagés.

Et, peut-être en Italie, comme le souhaite Emanuelle delle Piane qui, lors d'une résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, a travaillé à la traduction de ses "Enfants" en italien. /DBO

"Pièces", Emanuelle delle Piane. éd. Campiche, coll. "Théâtre en camPoche" dirigée par Philippe Morand, 2010